C'est bien une vache en face de moi. Elle  avance, investissant l'espace presque total du trottoir. Comme toutes les vaches elle n'a pas trop conscience qu'elle n'est pas seule au monde. Elle ne fait aucun effort pour s'écarter ne serait- ce qu'un peu pour laisser passer les autres.

Elle chaloupe fière de son gabarit, engoncée dans une jellaba cousue spécialement pour affirmer "Grosse et fière de l'être". Je calcule la distance qui nous sépare pour évaluer le danger qui me guette quand je m'aperçois qu'elle n'est plus seule, c'est un troupeau carrément qui marche de front vers moi. Ses comparses arrêtées peut-être devant une boutique l'ont rejointe et épaule contre épaule, ( les femmes chez nous aiment  la promiscuité) elles avancent, parlant, riant, gesticulant, certaines ruminant, d'autres l'oeil cerné de noir et pas du tout vague...

Les unes du style vaches hollandaises ,les autres du genre vaches locales efflanquées.  Je n'ai que le temps de m'éjecter du trottoir avant que la collision ne me soit fatale. Me faire ouspiller par un conducteur m'est moins pénible qu'un corps à corps avec un de ces bovins féminins, choc qui se serait soldé par une fêlure de la clavicule avec en prime quelques insultes pour m'apprendre à émettre l'idée même timide,  qu elles auraient pu me laisser une petite partie sur le  trottoir.

 Certains diront que je suis méchante, je leur demande de jeter un oeil sur "Un été à tanger." Je n'invente rien, je ne fais que rapporter ce que j'observe quotidiennement.

Toute ressemblance dans ce post avec certaines, est réelle, voulue, délibérée et assumée par l'auteur :)