Un jeune "écrivain marocain francophone" , Hicham Tahir a publié des nouvelles sous le titre de " Jaabouq" aux éditions Casa Express.

Mon libraire m'en a parlé ...
Je l'ai donc lu.

En cherchant à m'informer plus amplement au sujet de l'auteur, j'ai été étonnée par l'ampleur du tapage fait autour de ce livre :

- présentations et lectures/signatures dans diverses librairies ,

- nom de l'auteur associé à celui de Fouad Laroui ( rien que ça ) lors d'une présentation à l'ESJ de Paris,

-reçu par le cercle littéraire de la Fnac maroc

J' ai donc pris le parti d'en parler dans "Cogitations et monologues".

Dès les premières pages j'ai ressenti le besoin de souligner certaines phrases très mal tournées, mal construites, des non sens et des expressions mal à propos.

Mes yeux saignent m'a dit un ami écrivain à la lecture de certains extraits que je lui ai envoyés.

Je vous laisse le soin de juger ces quelques phrases qui vous donneront un avant goût du recueil. Ces extraits sont suffisamment éloquents. Mes commentaires écrits sur le vif lors de ma lecture de ce livre sont ajoutés entre parenthèses.

P 19 : "Si j’écris c’est parce que je sais le faire" . (le ton est donné).

P 19 : "J’aurais aimé avoir un père soûlard, qui me maltraiterait... ( préféré eut été plus adéquat sinon on risquerait de penser que le narrateur est maso, ce qui n'est pas le cas).

P 20 : "Mon écriture m’est propre à moi." (qu’est ce qui ne le serait pas, avec autant de « m » ) .

P 21 : "…je suis descendu dans l’autre rive…" ( carrément dedans ?) .

P 23 : "Mes mains sèches et percées." ( faut consulter !)

P 23 : "Pour mon père je n’étais qu’une charge dans son petit budget" ( en me déposant, le budget aurait-il été plus léger ? )

P 27 : "Les fesses, c’est une force, la plus grande bénédiction offerte à la femme dans ces pays misandres." ( le Burkina serait -il le pays des Amazones à notre insue ?)

P 31 : " Au hamman je n’oubliais pas de stimuler les disputes avec les seaux." (cliché complètement éculé , de plus la stimulation n’est pas très appropriée dans ce cas )

P 32 : "Nous étions là , dans la mer de Tanger, sous le froid des rochers et la cruauté des grains de sables…" ( quelle poésie… dans la mer carrément ? les sables étaient-ils nombreux ?)

P 33 "Deux jours sans douche." (Quel drame pour quelqu’un de miséreux qui vit dans un taudis en temps normal ! La douche devait être probablement son principal souci en attendant la "patera" !)

P 33 : " Le temps est arrivé. Oui le temps est la pire création de la race humaine…" ( ne s’agirait-il pas plutôt d’heure ? C’est une phrase qui peut engendrer le courroux des cieux... )

P 33 : "On nous avait prévenus quelques instants avant son arrivée qu’on allait devoir rompre afin que la police ne nous voie pas." ( il s’agit de candidats à l'émigration ou d’un corps d’armée ? )

P 33 : " Nous avons couru et nous avons tous sauté dans cette barque assez grande pour supporter trois kilos de homards, cinq sardines et quelques crevettes sans crainte qu’ils ne s’entassent. (no comment)

P 34 : "Des vagues de devant et de derrière, de droite et de gauche. ( ?)

P 34 : "Avec nos mains qui tentaient tant bien que mal de s’accrocher à la vie en évitant de tomber. ( elles ont bien fait sinon vous auriez tous fini manchots )

P 35 : " A chaque fois que j’essayais d’ hurler… ( il faudrait peut-être aspirer ce H pour ne pas hurler)

P 35 : "L’eau me regardait et souriait bougrement" (no comment)

P 35 : " Une autre vague arrive, qui m’emmène avec elle, au fond de la mer avec les poissons grands ou petits… ( moyens aussi , non ?)

P 35 : "Ces fesses qui m’assuraient la survie sur la glaise." ( Le dictionnaire "arabe/français" joue de mauvais tours quand on ne maitrise pas à fond une des langues)

P 37 : " Comment nos petits sveltes corps se juxtaposaient…l’un contre l’autre…l’un sur l’autre. ( si on les met l’un sur l’autre on pourrait les superposer plutôt...de plus les adjectifs sont agencés de façon acrobatique peu heureuse)

P 38 : "Cette lèvre festive, comme le ciel du 14 juillet à Paris…" (no comment)

P 41 : "Pour revenir à ma mort , je me suis ôté la vie de mes propres mains…" ( Beaucoup trop de "m" )

P 41 : " Je suis la personne enterrée six pieds sous terre ( pourquoi pas , mais quel est le rapport entre le Far West et le personnage?)

P 42 : "…je suis descendu en bas" (c’est bien de le préciser! )

P 44: "…il s’approchait doucement, doucement, comme un voleur voyant de l’or devant lui, comme un lion affamé devant un troupeau de gazelles" ( comparaisons très originales)

P 46 : " Ce soir là je m’étais mis à la baignoire, je m’étais coupé les veines." ( on se met à la baignoire, on se met à la boisson...)

P 48 :" Je suis né dans le mauvais territoire." (‘no comment)

P 51 : " …c’est beaucoup plus alléchant, plus bon, meilleur." ( plus bon c’est la cata totale)

P 53 : " Il sent l’homme crade , sous les épaules, cette odeur de sueur "…( où ça ,sur les omoplates ou s’agirait-il plutôt d’aisselles ?)

P 59 : "Elles étaient fermes ses longues jambes qui ne se terminaient jamais." ( la pauvre ! Des jambes interminables ont une petite nuance avec celles-ci)

P 61 : " Une société qui n’arrêtait pas de me montrer du doigt au point de me crépiter la vue. ( ?)

P 63 : " Je me suis réveillée de mon hivernage. ( bovin , ovin ou marin ?)

P 66 : " …en te voyant te geindre de la sorte aucun homme ne voudra de toi." ( ne te geins pas et le tour sera joué)

P 68 : " ...ce garçon allait devenir cavalier dans les carnavals…" (on est au bled ou à Rio ? Il ne s'agirait pas plutot de fantasia ?)

P 71 : " Mes deux petites sœurs étaient emmenées chez ma grand-mère surveillées par sa belle-fille. ( Qui surveille qui ?)

Bref, je vous fais grâce des trente pages restantes. Que ce monsieur ait envie d'écrire, c'est son droit. Qu'il ait trouvé un éditeur aussi complaisant, c'est son affaire.

Mais faire une telle publicité autour d' un livre aussi mal écrit est un acte de mépris pour le lecteur, à dénoncer. Je ne parlerai même pas du fond, la forme étant par trop consternante.

Quand on se targue d'écrire dans une langue il faut la posséder. Comme dans tous les arts , il est indispensable de connaitre les règles, pour pouvoir ne pas les appliquer.

Aucune circonstance atténuante n'est tolérable pour justifier les faiblesses, manques, lacunes et défaillances d'un auteur.

Mais actuellement il est désespérant de constater combien la médiocrité est cautionnée, et souvent portée aux nues.