Je me délecte à la lecture du   recueil de poésies Archispell de Rémy Verneuil, poète, artiste plasticien et numérique, illustrateur, auteur de textes et scénariste,
Rémy Verneuil a publié deux recueils de poésie ARCHISPELL et MENINES MIENNES auc EDITIONS JENTILAK. 

IL tient aussi un blog  http://remy-verneuil.over-blog.com  

Le recueil Archispell commence par un préambule écrit par l'auteur. Et c'est à mon avis l'un des textes de présentation les plus beaux et les plus poétiques qu'il m'a été donné de lire d'un auteur à propos de son oeuvre. Tout ce que je pourrais en dire serait insuffisant, je préfère vous le transcrire tel quel, car après l'avoir lu , je suis sûre que vous aurez envie de connaitre l'oeuvre de cet artiste plus amplement.

ARCHISPELL

 "On peut voir mes textes poétiques comme des îles avec toutes les variantes dont on peut les désigner : îlots, atolls, récifs. Le recueil ou groupe de textes en serait un archipel. Autrement dit, il faut être ou tout au moins se prendre pour un marin, aventurier ou touriste, découvreur ou trafiquant, pirate ou ermite - que sais-je encore ? - pour les appréhender, les aborder, les pénétrer et les connaître. Et, il faut le dire, il y a des gens qui n'ont pas le pied marin pour un sou ! 

 Alors, quand, par courage, par préférence ou par destin, on ne s'en tient pas qu'aux rumeurs et autres récits, il y en a sur lesquelles on aime à s'attarder ou s'installer ou sur lesquelles on aime à revenir. Et quand on ne les protège pas outre mesure comme des joyaux personnels dans des écrins d'égoïsme, on aime à en parler ou les faire découvrir.

 Une île, c'est avant tout, croit-on, des limites, un lieu clos, mais ce n'est qu'une apparence car les fonds marins plus ou moins profonds et obscurs les relient entre elles ou au continent. Des phénomènes puissants et subtils les relient aussi, météorologique, migratoires et aléatoire etc. Et plus modernement ou technologiquement parlant, elles sont parfois reliées par des ponts et tunnels.

  L'intérêt d'une île, c'est qu'on peut y trouver des êtres et choses, configurations et merveilles qu'on ne trouve pas ailleurs, sauvegardées qu'ils sont par l'isolement et le biotope ou microcosme particulier ainsi généré. On le trouve, dans la splendeur de leur diversité, sous différents climats composées de géo-morphologies, de peuplements et d'histoire spécifiques.

 Mais c'est vrai, sur certaines on ne peut poser le pied soit qu'elles sont trop exigües soit que leurs rochers sont trop aigus soit que leurs grèves se révèlent être des sables mouvants soit que leurs abords marécageux aux entremêlements de racines de palétuviers sont compliqués.

 Sur d'autres on ne pose pas le pied parce qu'elles ne donnent pas envie (tout simplement) et enfin, certaines autres, on ne les trouve pas sur sa route ni sur la carte ! C'est encore plus simple.

 Il y a celles dont on ne trouve pas d'accès (trop escarpées, trop encombrées de végétation) alors on se contente d'en faire le tour en imaginant, en en fantasmant l'intérieur.

 Par contre il y a celles dont l'accès est aménagé voire sur-aménagé sous forme de port de plaisance, de commerce ou industriel. Et puis il y a celles dont l'accès se fait par des criques, anses et calanques sauvages et intimes ou par de profonds et impressionnants abers, rias et fjords ou encore par de vastes plages de sables ou de galets sur lesquelles il faut savoir s'échouer.

 On peut affirmer qu'il existe de fausses îles, artificielles : plate-formes pétrolières, barges déguisées. C'est certain, il y a aussi des îles dérivantes, délirantes, divagantes et même des îles fantômes.

Il y a les îles magiques, celle de Circé, d'Avalon, les dangereuses, celle des Cyclopes, d'Ys, les fastes au sort néanmoins funeste, celle de l'Atlantide, les îles de l'amour, celle de Cythère, les sanctuaires, les désertes, les interdites, les curieuses, les exotiques, les jetset, les pénitentiaires etc.

 D'ailleurs, à bien y regarder, les mots sont eux aussi des îles et les phrases en deviennent des archipels. Et ne peut-on pas dire la même chose des lettres -îles constituées en mots-archipels ? Mais j'y pense, à l'opposé, le livre ne pourrait-il pas devenir lui aussi une île et donc ...

 Certes, je ne fournis pas de carte bien précise ; souvent les îles dessinent leur propre carte avec leur propre sémiotique parfois quelques peu ardue à déchiffrer quant elle n'est pas, par jeu, cryptée.

Et peut-être est-il profitable, faut-il connaître un peu les courants (littéraires ?), les vagues (de la mode ?), les vents (de l'inspiration, équipage, capitaine y compris (soi-même ?) ! 

 Allez savoir. L'important est sans doute de s'y retrouver".

 Rémy Verneuil